Mouvement pour un transport public abordable

Un problème

Plus on se retrouve en situation de pauvreté, plus on a de la difficulté à avoir accès au transport et à se déplacer. C’est le cas bien sûr pour l’accès au transport en commun. À Montréal, le taux de personnes sous le seuil de faible revenu (SFR) est de 29 % pour le territoire de l’île de Montréal[1]. Un Montréalais sur 10 vit de l’aide sociale et le pourcentage de personnes ayant recours aux banques alimentaires canadiennes a augmenté de 1 % de 25 % depuis 2008.[2] Et il n’y a pas  que le coût des transports qui augmente. C’est aussi le cas des denrées et des loyers. Bref, l’augmentation du coût de la vie est ressentie dans toutes les sphères du quotidien.

Les impacts de la croissance des tarifs du transport

Depuis la décennie 1970, le gouvernement provincial s’est largement désinvesti du financement des transports publics. La conséquence de ce retrait de Québec, jumelée à la diminution de la contribution de Montréal, a fait en sorte que ce sont les usager.ère.s des transports qui contribuent désormais le plus au financement de l’exploitation du réseau de transport en commun. Le principe de l’utilisateur payeur, au détriment d’une vision du transport comme étant un service essentiel, est de plus en plus répandu.

Les hausses de tarifs à la STM connaissent une progression fulgurante, bien au-delà de l’inflation. Ainsi, depuis le milieu des années 90, les usagers-ères ont eu droit à des hausses moyennes deux fois plus élevées que l’inflation.Pour les ménages les plus pauvres, qui n’ont pas d’auto, les hausses tarifaires des dernières années mettent carrément en péril la possibilité de se déplacer

L’immobilité comme facteur d’exclusion sociale

Comme le mentionne le Conseil des Montréalaises, « la mobilité dépasse la simple question de se rendre d’un point à l’autre : il s’agit d’un facteur fondamental de l’intégration sociale et économique des individus en général et des individus défavorisés en particulier »[3]. La mobilité des individus favorise en effet leur inclusion sociale. Cela leur permet de se relier à leur famille et leurs amis ainsi que d’avoir accès aux institutions et aux différents services de la société, que ce soit les centres de loisirs, les bibliothèques publique ou les ressources de soutien, tels les centres de femmes et les organismes communautaires.

On assiste au cycle suivant : moins de revenu signifie moins de passagers dans les transports en commun et donc moins de desserte dans les quartiers défavorisés, provoquant l’enclavement des populations de ces quartiers. Ce sont donc les personnes dont les revenus sont les plus faibles qui rencontrent le plus de freins à la mobilité alors que, justement, avoir des problèmes pour se déplacer, c’est réduire ses chances de trouver un emploi, de se former, de se soigner, de rencontrer des ami.e.s, de se distraire, bref d’avoir une vie sociale riche et structurante.

Les situations d’exclusion sociale sont multiples et présentent des points communs dont certains sont plus connus, comme les difficultés d’accès au logement, tandis que d’autres le sont moins. C’est le cas justement des obstacles rencontrés dans les pratiques de mobilité de la vie courante, comme la recherche d’emploi ou de services de garde ou CPE  qui permettent le travail pour les chefs de famille.

Il en va de même pour les commerces d’alimentation, les pharmacies et les autres nécessités. Nombreuses sont les personnes qui témoignent auprès du MTPA se nourrir exclusivement au dépanneur du coin tant l’accès à une épicerie est rendu difficile par la combinaison de l’éloignement et la cherté du transport en commun. La question de la mobilité n’est donc pas qu’une question de transports, mais aussi de santé publique. Il est d’ailleurs souvent nécessaire aux individus de prendre les transports en commun afin d’avoir accès à des spécialistes de la santé.

Plusieurs personnes, dont beaucoup d’aîné.e.s, ont témoigné au MTPA ne pas pouvoir se rendre au  CLSC pour consulter leur travailleuse sociale ou à l’hôpital pour faire des tests. D’autres sont empêchés d’agir comme aidant naturel auprès de parents demeurant pourtant dans la même ville.

Ne pas « avoir les moyens » de prendre le bus ou le métro ne devrait pas être un obstacle à l’obtention de soins de santé appropriés. Or, certaines personnes doivent parfois repousser des rendez-vous pour des soins, car elles ne sont pas en mesure d’assumer les coûts de déplacement.

Aux États-Unis et en Europe, des recherches menées par des urbanistes et des sociologues, en partenariat avec les décideurs publics, ont permis de déterminer des freins à la mobilité et d’identifier des solutions novatrices afin d’améliorer la mobilité des populations plus défavorisées dans l’accès au transport[4]. À l’initiative de professionnels de l’insertion qui ont compris que l’enjeu du transport est un problème collectif – et non individuel – dont les racines sont systémiques, des systèmes de transport adaptés aux besoins essentiels des populations vulnérables ont été mis en place, pour aider les personnes prises dans ses «trappes» à en sortir.

[1] http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=8258,90438486&_dad=portal&_schema= PORTAL (consulté janvier 2016).
[2] Banques alimentaires Canada, Bilan-Faim 2015, https://www.foodbankscanada.ca/Food Banks/MediaLibrary/HungerCount/BilanFaim2015_singles.pdf.
[3] Conseil des Montréalaises, La tarification sociale du transport en commun : étude de cas de Calgary, mai 2012.
[4] Makhoul, 2008.
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